Vertiges : pourquoi les chercheurs s’intéressent de plus en plus au cerveau

Le rôle du cerveau dans les vertiges

« À proprement parler, le vertige est une illusion de mouvement du corps et/ou de l’environnement autour de soi. Il donne le sentiment que le corps ou les choses autour tournent, bougent, se déplacent. » C’est ainsi que Christophe Lopez, neuroscientifique au Laboratoire de neurosciences cognitives (CNRS/Aix-Marseille Université) et coordinateur scientifique du projet Vestiself, définit le vertige. Il précise qu’il peut se manifester par « une sensation de rotation qui donne l’impression d’être dans un manège, ou une sensation de translation qui peut donner l’impression que l’on chute ou que l’on flotte dans la pièce ».

Lorsque l’on souffre de vertiges, le premier réflexe est souvent de penser à un problème de l’oreille interne. C’est logique : c’est là que se trouve le système vestibulaire, chargé de détecter les mouvements de la tête et de contribuer au maintien de l’équilibre.

Pourtant, les recherches menées par les équipes françaises montrent que cette vision est aujourd’hui trop réductrice. Comme l’explique Christophe Lopez, « le système vestibulaire n’est pas uniquement impliqué dans des actions somme toute assez réflexes, comme tenir debout. Il contribue également à des choses autrement plus élaborées et joue sur les représentations de l’espace, du corps et le sens du soi. » Autrement dit, les informations provenant de l’oreille interne sont traitées par de nombreuses régions du cerveau, où elles participent non seulement à l’équilibre, mais aussi à la stabilisation du regard, à l’orientation spatiale, à la mémoire des trajets et à la perception de notre propre corps.

Cette évolution des connaissances change progressivement la façon dont les spécialistes comprennent les vertiges. Longtemps considérés comme un trouble essentiellement lié à l’oreille interne, ils sont désormais étudiés comme le résultat d’interactions complexes entre le système vestibulaire, le cerveau, la vision et les autres systèmes sensoriels.

Source : CNRS – Comprendre les vertiges (2023, dossier mis à jour en 2025). : https://lejournal.cnrs.fr/articles/comprendre-les-vertiges

La plasticité cérébrale est essentielle à la récupération

Les chercheurs s’intéressent également à la capacité du cerveau à s’adapter après une atteinte vestibulaire. Ce phénomène, appelé compensation vestibulaire, repose sur la plasticité cérébrale : le cerveau apprend progressivement à utiliser davantage les informations issues de la vision et de la proprioception pour compenser un dysfonctionnement de l’oreille interne. Cette découverte explique pourquoi la rééducation vestibulaire occupe aujourd’hui une place centrale dans la prise en charge de nombreux patients.

Sources : CNRS – Comprendre les vertiges ; Société Francophone de la Fonction et Rééducation Vestibulaire (SFFRV) : https://lejournal.cnrs.fr/articles/comprendre-les-vertiges

De nouveaux outils pour améliorer le diagnostic

Une étude publiée en 2025 par une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université de Montpellier ouvre une nouvelle piste pour améliorer le diagnostic des vertiges. Les chercheurs ont analysé les résultats d’audiométrie de 1 115 patients atteints de différents troubles de l’équilibre afin de déterminer si certains profils auditifs étaient associés à des pathologies vestibulaires spécifiques.

Leurs travaux ont permis d’identifier six profils auditifs distincts, chacun étant plus fréquemment retrouvé chez des patients souffrant de certaines affections, comme la maladie de Ménière, la migraine vestibulaire, la névrite vestibulaire ou encore le vieillissement vestibulaire. Ces résultats suggèrent que l’audiométrie, un examen simple et largement utilisé en pratique clinique, pourrait constituer un indicateur complémentaire pour orienter le diagnostic et aider les médecins à choisir les examens vestibulaires les plus pertinents.

Comme le souligne l’équipe de recherche, cette approche ne remplace pas les examens vestibulaires de référence, mais elle pourrait permettre de mieux cibler les investigations, d’accélérer le parcours diagnostique et d’améliorer la prise en charge des patients présentant des symptômes parfois complexes.

Source : Nicolas-Puel C. et al., Audiometry as a predictive proxy for balance dysfunction, Scientific Reports, 2025 ; Inserm.

https://www.nature.com/articles/s41598-025-97995-0

https://www.inserm.fr/actualite/des-tests-daudition-pour-mieux-comprendre-lorigine-des-vertiges/